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Colloque Franco-allemand de Lyon

Le 7 octobre 2011, s'est tenu à l'IEP de Lyon, un colloque franco-allemand sur le thème:

 

Visions comparées de l'euro

 

Les videos de ce colloque sont disponibles sur

 


www.cercledu29mai2005.eu

 

 

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Eclats Républicains

Si vous le souhaitez, vous pouvez recevoir le livre "Eclats Républicains" de Simon Archipenko, Président de Voltaire République. Le  livre est paru en septembre 2007. La réception est gratuite. Si vous souhaitez contribuer à l'effort envoyez un don au siège de l'Association . Voltaire République - 73, cours Richard Vitton 69003 LYON. Pour recevoir le livre envoyez un courriel à: voltaire.republique@laposte.net

Présentation

Citoyen !

VOLTAIRE REPUBLIQUE  est un mouvement qui veut défendre et promouvoir les idées républicaines issues du siècle des Lumières et dont l’un des principaux penseurs fût Voltaire. En qualité de mouvement laïque et républicain, l’association se fait un devoir de répandre sa pensée dans toutes les sphères de la vie politique, économique et sociale de la France et dans une Europe débarrassée de son idéologie libérale dont les citoyens français ont rejeté les bases lors du scrutin du 29 mai 2005. L’association ne s’interdit aucune action et aucun prosélytisme dans le monde.

VOLTAIRE REPUBLIQUE  est fondée par des républicains engagés dans la vie de la Cité, venus d’horizons divers, patriotes qui veulent pour la France une république digne de son histoire et de celle qu’ils veulent léguer aux générations futures.
Article II des statuts de l’association   
VOLTAIRE REPUBLIQUE  est une association où, seul le nom de Citoyen compte. Elle rejette toute idée de communautarisme, sous quelque forme que ce soit.
Tous les adhérents, sans distinction y sont honorés pour leur travail voué au bien public, et tourné vers la République.
Voltaire république ne se revendique pas en parti politique; elle est politique. A ce titre ses adhérents sont libres d’appartenir ou de ne pas appartenir à un parti . Aussi, elle accueille en son sein les citoyens venus de tous horizons démocratiques et républicains, sans exclusive d’appartenance.
L’association n’importe pas en son sein les clivages et les pratiques qui y sont attachés. Le citoyen qui n’accepte pas ces principes fondateurs de Voltaire République et des Jeunes Voltairiens n’ont pas leur place au sein de l’association.
Voltaire République est engagée dans la vie de la Cité.  Elle invite les citoyens à en être les acteurs dans les associations, les organisations syndicales étudiantes, de salariés, patronales, artisanales et familiales.
Voltaire République et les Jeunes Voltairiens sont organisés dans leur ville, leur département, leur facultés, leurs entreprises et, sur le plan national.

Salut et fraternité

Voltaire République et les Jeunes Voltairiens


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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 07:58
Comme suite logique du travail de Voltaire République, après le programme du Conseil National de la Résistance qui vous a été présenté en trois parties, nous vous proposons une réflexion sur la désintégration des Etats nations dans la construction européenne. Cette réflexion vous est  proposée en 2 parties.
Le citoyen Geoffrey Livolsi,  de Voltaire République, en est le responsable.


La désintégration
des Nations
dans la construction européenne

Seconde partie: La recomposition de l’espace européen

« Cela n’a pas le panache d’une union conquise sabre au clair. Cela ne galvanise pas les foules atteintes de myopie » Guy Hennebelle.

Le processus de construction/déconstruction européen qui semble se poursuivre plutôt paisiblement quand on le compare aux grands basculements que connut l’Europe ne doit pas nous détourner de ce qu’à terme il représentera : C’est-à-dire un des plus grands bouleversements qu’aura connu le territoire européen. En effet, une ère semble s’achever ; celle de l’Etat-nation. Mais celle qui s’ouvre semble des plus incertaines et donc des plus risquées. Nous l’avons dit, aucune structure politique viable et bénéficiant d’une légitimité démocratique réelle, paraît prête à se substituer à celui-ci. Dans ce cas là, les grandes gagnantes de la disparition de l’Etat-nation seraient les régions qui, pour les plus riches d’entres-elles, prendront leur autonomie de l’Etat central avec le soutien indirect de l’Europe qui leur fournirait les outils. Si dans leurs écrits, les postnationalistes ne jurent que par l’universalisme, ils ouvrent avec le régionalisme une boite de Pandore en facilitant la naissance de micronationalismes.

 Le processus de régionalisation en Europe

L’Etat se vide par le bas : les régions contre la Nation unifiée et centralisatrice Corse, Catalogne, Flandre, Pays-Basque, Ecosse…

L’autre assaut contre les prérogatives de l’Etat en plus de la mondialisation, ce sont les revendications des Régions qui souhaitent toujours plus d’autonomie, au nom d’une proximité avec la population qui permettrait aux pouvoirs locaux d’être mieux au fait des problèmes et d’apporter des solutions particulières.
    
·    Le cas de l’Espagne

Bien que la stabilisation de ces frontières extérieures soit venue très tôt, l’Espagne a toujours eu un équilibre interne plus instable. C’est sûrement l’un des pays les plus décentralisés d’Europe. La Constitution de 1978  permet aux provinces ayant des caractéristiques historiques, culturelles et économiques de se constituer en communautés autonomes possédant leur propre parlement et gouvernement. En 1998, l’Espagne se divisait en 17 communautés autonomes dont les plus aboutie sont le Pays basque, la Catalogne et la Galice. Ce sentiment de particularisme peut vite déboucher sur un séparatisme d’autant que l’élite politique locale est toujours encline à obtenir plus de pouvoir. Les partis nationalistes espagnols, le 16 janvier 1998, publièrent une déclaration commune dans laquelle ils décrirent leur conception de l’Union européenne : « Qui doit éviter l’uniformisme et l’imposition en cherchant et en garantissant la libre adhésion des entités nationales et des peuples d’Europe et en incorporant l’application du droit à l’autodétermination des peuples européens ». Le 15 octobre 2007, les Catalans ont approuvé par 73,9% le nouveau statut de la Catalogne mais avec un taux de participation relativement faible par rapport à l’enjeu de la question ; ce qui montre bien le fait que cette marche vers l’autonomie provient de la volonté des dirigeants politiques locaux. Le nouveau statut reconnaît la Catalogne comme nation. Même si cette notion n’a pas de valeur juridique, le statut permet à la Catalogne de garder 50% de l’impôt sur le revenu, 50% de la TVA et 58% des taxes sur l’alcool, le tabac et les carburants. Il étend ses compétences dans le domaine de l’éducation, de la justice, de l’immigration et les droits de la région dans les relations internationales. De plus, la Catalogne dispose de symboles typiquement nationaux comme un drapeau, un hymne et une fête nationale. L’Andalousie a également pris une autonomie plus large au mois de février 2007. Le référendum sur le nouveau statut a été approuvé à 87,45%, mais le taux d’abstention a atteint 63,72%, montrant une deuxième fois et plus clairement que cette autonomie régionale ne vient pas d’une véritable volonté populaire. Le Pays basque est la région où les revendications sont passées de l’autonomisme à l’indépendance, et elles ont même pris un caractère terroriste avec l’ETA. Le processus autonomiste espagnol conduit à une surenchère permanente entre les communautés qui refusent d’être reléguées en région de seconde classe par rapport aux autres.

·    La Belgique au bord de l’implosion

La crise que connaît depuis des mois la Belgique marque bien l’avancée du régionalisme et ses dérives en Europe. Il serait trop long de s’attarder sur les raisons historiques de la crise, mais sur les caractéristiques de celles-ci. Ainsi, c’est surtout la partie flamande qui revendique son indépendance et la disparition de l’Etat belge. La Flandre est aujourd’hui la plus prospère des régions belges et les indépendantistes expliquent clairement leur opposition aux mécanismes de redistribution. On peut parler d’égoïsmes régionaux, ce qui nous permet de dire que d’une façon générale les régions revendiquant une plus grande autonomie sont souvent les plus riches. La langue joue également un facteur important dans la recomposition de l’espace, notamment avec la frontière linguistique. Le 1er juin 2007, sur l’initiative du Vlams Belang, une résolution « relative au démembrement de l’Etat belge en vue d’accorder l’indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverain » a été adoptée à l’unanimité de tous les partis néerlandophones. Il y a eu donc pour la première fois, une opposition frontale entre les partis politiques de langues différentes, ce qui marque un phénomène d’ethnicisation de la région sur lequel nous reviendrons. Pour Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut des Relations Internationales, « La Belgique est virtuellement morte, en tant qu’Etat unitaire. Les communautés ne partagent presque plus rien ».  Ce qui étonne, c’est le silence des institutions européennes, alors que la ville de Bruxelles directement concernée par la crise est la capitale européenne. Ce désintérêt face à la crise, la plus profonde d’un Etat nation au sein de l’Union européenne, ne semble pas inquiéter les autres Nations alors qu’elle annonce un prélude au séparatisme.

·    L’Ecosse

Présenter le Royaume-Uni comme un Etat unitaire est une fiction répandue dans nos manuels scolaires. bien sûr le rôle central du parlement de Westminster ne peut être nié mais, des régions comme l’Ecosse ne sont membres du Royaume-Uni que depuis 300 ans. Avec l’arrivée du Parti travailliste à la tête de l’Etat en 1997, un vaste programme de réformes institutionnelles va être mis en œuvre. Ainsi en avril 1998, les accords de Belfast proposent l’institution d’une assemblée pleinement responsable des affaires économiques et sociales et, en mai 1999, une Assemblée nationale est instituée pour le Pays de Galles. Enfin, un Parlement écossais est élu en 1999. Il désigne un premier ministre qui forme ensuite un gouvernement. Le parlement a compétence dans tous les domaines intérieurs à l’exception de la sécurité sociale. Malgré cette politique de dévolution le parti nationaliste, Scottish National Party (SNP), a connu une montée en puissance jusqu’à cette année. Le 3 mai 2007 fut une journée historique pour le Royaume Uni avec la victoire des indépendantistes écossais lors des élections législatives Ils avaient basé leur campagne sur l’organisation d’un référendum pour l’indépendance. Dans un récent article du Guardian, le journaliste Stephen Moss envisage les conflits à venir avec l’Ecosse si celle-ci devenait indépendante : « Le Royaume-Uni a de quoi s'inquiéter car l'Ecosse possède 90 % du pétrole. C'est également là que se trouve la base de sous-marins britanniques nucléaires de classe Trident. Vu que le dirigeant du SNP est favorable à une Ecosse dénucléarisée, il est probable qu'il rendra les sous-marins plutôt que de les saborder. Par contre, le pétrole peut devenir un sujet explosif dans un monde qui voit cette ressource diminuer. Et après tout, il est possible qu'on conseille à Salmond de garder les sous-marins nucléaires. Une Ecosse indépendante rejoindrait-elle l'OTAN ? Rien n’est moins sûr. (...) M. Salmond ferait bien de se demander comment défendre son nouvel Etat indépendant d'un voisin du Sud appauvri et privé de ressources mais puissant militairement. Faire confiance à l'ONU peut ne pas être suffisant. Le Royaume-Uni garderait son siège à l'ONU. Et l'Ecosse ressemblerait à une Slovaquie en kilt." »

Les revendications régionalistes et les séparatismes qui en découlent semblent en passe de s’accélérer en Europe. La France connaît également des revendications notamment dans ses territoires d’Outre-mer, mais aussi en Corse, en Bretagne et en Alsace. Même si la France reste une république une et indivisible, et qu’il conserve encore la majorité de ces prérogatives, les lois de décentralisations et la réforme constitutionnelle de 2003 faisant de la France, une République décentralisée sont un premier pas vers une autonomie régionale renforcée. En Italie, les revendications sont également présentes notamment dans le nord du pays, où la Ligue du Nord a inventé de toute pièce un référent identitaire, la Padanie, pour asseoir sa revendication autonomiste. Les replis et séparatismes régionaux sont donc souvent dus à des égoïsmes de prospérité ; les régions riches ne veulent plus payer pour les régions pauvres.

Ce qui est intéressant, est que la majorité de ces mouvements régionalistes s’affirment ouvertement pro-européens tout en développant une vision de l’ethnie et de la langue qui pousse à l’enferment. C’est une seconde contradiction dans ce processus de construction/déconstruction européen. Si les problèmes régionalistes se concentrent actuellement sur l’Europe de l’ouest, les nouveaux pays entrant connaissent déjà des problèmes de séparatisme et il sera intéressant de suivre cette évolution au fur et à mesure de leur intégration économique. L’indépendance du Monténégro en mai 2006 et le Kosovo qui risque de déclarer unilatéralement son indépendance, représentent des enjeux importants pour la stabilité du continent européen. En effet, une indépendance unilatérale avaliserait l’idée qu’une région peut faire scission sur des bases purement ethnolinguistique. L’Europe balkanisée est-elle notre avenir ? Cette recomposition de l’espace européen, n’engendrera-t-elle pas à terme une guerre de sécession européenne ?

Le droit des minorités à l’origine
de la recomposition géopolitique de l’Europe

L’un des fondements de la justification des revendications autonomistes et indépendantistes est le droit qui a été sacralisé après la seconde guerre mondiale, c’est-à-dire le droit des peuples à l’autodétermination. Le Congrès de Vienne de 1815 est le premier à introduire le droit des minorités au sein des Etat-nations. Les Polonais qui, avec la disparition de la Pologne partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, se voient reconnaître le droit à une forme d’institution spécifique et de représentation au sein de ces Etats. La Société des Nations instituée par le Traité de Versailles, crée en 1919 une « Commission des nouveaux Etats et de la protection des minorités ».  

Il faudra attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale pour que ce forgent une véritable protection des minorités et un droit à l’autodétermination des peuples. Pour ce dernier, l’ONU avait fait du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un principe de la décolonisation. Ce fut un instrument nécessaire et qui fonctionna parfaitement. Mais cette période est révolue, et ce droit est devenu un prétexte pour légitimer les revendications séparatistes de faux états, de seigneuries.

Au niveau de la politique de protection des minorités, l’Allemagne va se révéler être à l’avant-garde du combat pour la défense des droits des minorités allemandes. Elle va être sur l’initiative de la création de nombreux organismes de protection et de promotion des minorités ethniques. Ainsi en 1949, l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes est créée. Son objectif est de favoriser la création d’un cadre juridique protégeant toutes les minorités en Europe. Le Centre européen pour les questions des minorités (dont le sigle en anglais est ECMI), est créé en 1994 sur initiative du Ministère de l’Intérieur allemand. Il a pour objectif de favoriser les rencontres et les discussions entre groupes ethniques minés par des rivalités, afin de jouer un rôle de médiateur. Un institut international pour le droit des groupes ethniques et le régionalisme, INTEREG, est créé en 1977. L’un des textes fondamentaux est « Quand l’Etat était un criminel ». L’objectif de l’association est d’apporter une alternative contre un agresseur qui a trop souvent échappé à la justice en se dissimulant derrière sa souveraineté. D’autres organismes promouvant le régionalisme et le concept ethnique existent, mais nous ne pouvons tous les traiter. Au niveau politique, un des partis qui milite le plus pour une Europe Fédérale des Régions à base ethnique, est l’Alliance Libre Européenne, ALE qui s’est alliée aux Verts européens. Ce que l’on remarque, et nous reviendrons dessus, c’est la prédominance des allemands directement ou indirectement et le fait que ces organismes s’inspirent du concept allemand de la Nation ethnique.

Au niveau de la construction européenne, nous pouvons distinguer essentiellement 4 instituts qui agissent pour une Europe des Régions : l’Association des Régions frontalières européennes (ARFE), l’Assemblée des Régions, le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l’Europe (CPLRE), et enfin le Comité des Régions.


L’Union fédéraliste des communautés ethniques
européennes et ses appendices

L’ancêtre de l’UFCE, le Congrès européen des Nationalités, rassemblait entre 1925 et 1938 des groupes ethniques européens dans le cadre d’un congrès annuel et avait alimenté les querelles identitaires. C’est en avril 1949, sur l’initiative de l’Union fédéraliste de Bretagne qu’un Congrès réunissant des groupes ethniques est réalisé à Paris. Le premier secrétaire générale de l’association fut Joseph Matray, ancien collaborationniste pendant l’occupation nazie. Pour bien marquer la continuité idéologique avec le Congrès des Nationalités, la revue « Europa Ethnica », reprend la numérotation de l’ancienne revue « Nation und Staat » d’inspiration nazie. Aujourd’hui l’UFCE revendique 100 associations membres issues de 28 états, et a réussi à obtenir un statut consultatif aux Nations Unies et au Conseil de l’Europe. En 1999, l’UFCE sera sur l’initiative de la création d’un Comité d’experts du Conseil de l’Europe sur la question des minorités. L’UFCE bénéficie notamment du soutien du Land de Carinthie (Autriche), de l’Union des Allemands du Schleswig du Nord (Danemark), de province autonome du Tyrol du sud et République fédérale d'Allemagne. On remarque la prédominance des minorités germaniques dans le financement de l’organisme. L’UFCE bénéficie également du soutien de la fondation Hermann Niermann qui finance une multitude de projets dans les territoires où résident des minorités allemandes. Dans les années 1990, cette fondation fit l’objet d’un rapport de la commission d’enquête du parlement d’Eupen, qui prouva que la fondation avait mené une politique d’influence auprès de la communauté germanophone de Belgique, de manière systématique et avec d’important moyen financier. Cette politique avait pour objectif de promouvoir l’identité allemande en Belgique germanophone. Le président de la Fondation était à l’époque un haut fonctionnaire du Ministère de l’intérieur allemand.

En 1998, l’Assemblée de l’UFCE demande dans une de ses résolutions sur le Kosovo : « Que les troupes de l’OTAN viennent immédiatement stationner au Kosovo afin de garantir que la terreur et les violentes atteintes commises en violation des droits de l’Homme à l’égard des albanais ne se renouvellent pas ». Pour l’UFCE, la réussite du processus de régionalisation entrepris en Ex-Yougoslavie sera une expérience privilégiée qui sera un premier pas vers une Europe Fédérale des Régions.

En 1996, ce dispositif a été renforcé par la création du Centre européen pour les minorités (ECMI) par les gouvernements allemand et danois. De 1996 à 2000, son directeur était Stefan Troebst, un brillant professeur de l’École de guerre de la Bundeswehr, spécialiste du fascisme dans les Balkan. Cette personnalité controversée avait accompagné le président allemand Roman Herzog lors de ses voyages officiels dans les Balkan. Prononçant un discours à Skopje en 1996, Roman Herzog avait brutalement présenté Stefan Troebst comme le continuateur de l’œuvre de Gustav Weigand, dont les travaux ethnologiques avaient servi de base aux nazis pour dépecer les Balkans. La Grèce, inquiète de voir un tel personnage s’ingérer dans les affaires des Balkans, demanda et obtint son départ.
Mais nous retrouvons, Stefan Troebst en 1998 lors de la tenue d’un colloque sur l’autonomie de la Corse organisé par l’ECMI en Finlande. Ce qui revient donc à travers ces organismes censés promouvoir le régionalisme ou défendre les minorités, c’est la dominante de la composante allemande. Le parti Alliance Libre, plus proche de l’extrême gauche, ne renie pas cette conception ethnique de la construction européenne et la carte qu’elle édite (voir annexe) dessine la carte de l’Europe Ethnoculturel. Bernard Poignant fervent promoteur d’une Europe Fédérale des Régions revenu effrayé du dernier forum de Corte en Corse déclarait ceci: « Je suis revenu tétanisé par ce que j’ai entendu et à la vue du terrible engrenage qui conduit de l’identité locale à la communauté ethnique, de la légitimité ethnique à la légitimité de la violence contre les institutions démocratiques». Ces organisations semblent donc, et sans exagération, être les héritières du pangermanisme. On comprend à travers leurs actions qu’une Europe régionalisée ne pourrait que servir les intérêts d’une réunification du peuple allemand. Une Europe fédérale des régions ethniques au regard des cartes profiterait avant tout à l’Allemagne, celle-ci étant ethniquement homogène.

L’ethnorégionalisme dans les textes
une réalité bien concrète

Plusieurs documents et textes européens viennent appuyer notre analyse de l’avancée de la conception ethnolinguistique dans la construction européenne notamment dans le processus de régionalisation. L’un des textes est la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée le 25 juin 1992 par le Conseil de l’Europe et suivie en 1995 de la Convention cadre pour la protection des minorités.

La Charte des langues régionales et minoritaires a, à ce jour, été signée par vingt et un Etats. Douze ne l’ont pas ratifiée pour le moment dont la France. Elle est le résultat du lobbying de l’UFCE auprès des organes régionaux comme le Congrès des Pouvoirs Locaux et régionaux, et auprès du Conseil de l’Europe. Dans un premier temps, l’idée de vouloir préserver des langues minoritaires n’est pas condamnable, mais si ces langues sont menacées c’est qu’elles ne sont plus parlées. Alors pourquoi inviter les Etats à prendre des mesures pour qu’elles soient à nouveau parlées ? En effet, dans son préambule la charte parle de protection des langues régionales ou minoritaires, mais aussi de promotion. C’est dans cette volonté de promotion qu’est indiqué dès le début que « le droit de l’individu de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée ou publique constitue un droit imprescriptible »

Les Etats signataires s’engagent à assurer l’enseignement des langues régionales ou minoritaires. Le fait que le droit de pratiquer sa langue dans la vie publique soit imprescriptible, oblige l’état à assurer que l’individu puisse s’exprimer dans sa langue dans tous les services publics et devant l’administration judiciaire. Enfin, les actes administratifs doivent également être traduits dans la langue régionale ou minoritaire. On voit ici la complexité et le coût d’une telle application à la lettre de la Charte, et le peu d’objectivité qui animait les inspirateurs du texte. On atteint le sommet de l’aberration lorsque l’on découvre les 40 langues reconnues par la Charte comme minoritaires ou régionales en France. Même si la charte à peu de chance de s’appliquer dans sa totalité, le fait que l’on reconnaisse autant de droit à la minorité linguistique et donc de devoir à l’Etat, met en avant l’importance que peut avoir la langue dans la marche vers un processus de régionalisation.

La convention cadre de protection des minorités est également une façon de promouvoir les minorités au sein des états multinationaux. La philosophie qui inspire ce texte est en opposition avec la tradition intégrative des Nations civiques au nom du droit à la différence élevé comme la première des libertés. En fait, ses textes fondent une société multiculturelle permettant aux identités de prendre le dessus sur la culture nationale.

Il y a donc un travail de sape effectif des fondements culturels et universalistes de la nation civique au profit d’une tribalisation de la société. L’introduction de ces textes permettrait par exemple en France aux bretons, aux alsaciens, aux basques, aux corses…de revendiquer leur particularisme et donc d’exiger que des mesures permettant de développer ce particularisme soient prises. Cet avenir semble bien plus proche qu’on pourrait le croire. Les rivalités linguistiques que connaît la Belgique sont la conséquence de l’exacerbation des particularismes et ce n’est encore qu’un aperçu. On peut qualifier cette politique d’éloge de la différence, d’universalisme du particulier ; en fait on applique la notion de multiculturalisme existant dans certaines sociétés à la structure mêmes des Etats.

Des textes portant sur la structure même des Etats viennent s’ajouter aux textes ethnolinguistiques, comme la Charte de l’autonomie locale ou la Convention cadre sur la coopération transfrontalière. Dans un rapport de la commission européenne sur les politiques structurelles et les territoires de l’Europe, les auteurs insistent sur le fait que « l’objectif est de promouvoir l’intégration au sein de grands groupes de régions entre européens ». L’ARFE, Association des Régions Frontalières Européenne, a pour objectif de réduire les frontières étatiques à de simples frontières administratives. Le projet de Charte de l’autonomie régionale permet dans son article 16, de procéder à des rectifications de frontières régionales. On aperçoit déjà le risque de voir renaître de vieilles revendications territoriales.
 
De la paix à la guerre :
le risque d’une Europe balkanisée

Il y a une rengaine qui revient chez la plupart des penseurs de l’ethnorégionalisme : « les frontières sont des cicatrices de l’Histoire ». Ainsi Josef Moliner i Florenca, député du Parlement de Catalogne explique que : « Mon pays a été séparé d’une manière absurde par le Traité des Pyrénées (1659) et les concitoyens appartiennent à deux Etats ». Il y a comme un esprit de revanche sur l’histoire qui se ressent dans les discours. Lors de la remise du prix Charlemagne en 1950, qui récompense les personnalités ayant contribué favorablement à la cause européenne, Coudenhove-Kalergi déclare ceci : « Il revient à notre génération de mettre fin pour toujours à cette chaîne de guerres et d’inimitié héréditaire, de revoir de fond en comble ce traité funeste de séparation de Verdun en 843, qui a déchiré l’Empire européen en une Nation allemande, française et italienne afin de refaire l’unité de l’Occident. ». Cette union devrait selon lui prendre le nom d’Union Charlemagne, qui serait ni plus ni moins selon ses propres mots « La renaissance de l’Empire carolingien ».

Il semblerait que la construction européenne, qui devrait être une pensée postnationale tournée vers l’avenir, regarde un peu trop en arrière. Le processus européen que nous venons de décrire dans sa forme ethnorégionaliste porte en lui la guerre. Il nourrit en son sein des féodalités, des seigneuries et cette volonté soi-disant populaire pour l’autonomie est démentie au regard des résultats lors des consultations. Les référendums organisés en Corse, Martinique et Guadeloupe, pour la mise en place d’une collectivité unique se sont soldés par des échecs mettant en avant l’opposition entre les aspirations de la classe politique locale et celles des habitants. Mais les ethnorégionalistes ne semblent pas désarmer et la reféodalisation de l’Europe se fera à marche forcée s’il le faut.
Le risque nous l’avons dit, est que l’absence d’autorité supérieure légitime une fois le processus de régionalisation terminé, risque de faire voler en éclat l’Union européenne.

Le péril de voir l’Europe se balkaniser est bel et bien réel et l’issue pourrait être la même que pour les Balkans. L’ethnorégionalisme porte en lui la guerre car il attise la jalousie, les égoïsmes et exacerbe le sentiment identitaire. Pour le moment, un front antinations semble s’être créé entre les néolibéraux, les ethnicistes, les régionalistes modérés, les sociaux-démocrates, et l’extrême gauche, pour faire reculer l’Etat-Nation. Mais les raisons qui les y poussent sont très différentes et une fois la Nation disparue, leurs divergences risquent d’engendrer de nombreux conflits. Si les néolibéraux ont toujours été partisans d’un Etat moins présent, l’apparition de régions autonomes leur permet de mettre encore plus de territoires en concurrence. Le passage de la paix à la guerre deviendra toujours plus facile au fur et à mesure de l’avancée du processus de régionalisation sur des bases ethnolinguistiques.
Conclusion
Au terme de notre étude, il nous paraît difficile de croire qu’une Allemagne démocratique, qui est depuis des dizaines d’années notre partenaire en Europe, soit encore animée par des visées hégémoniques sur le continent. Mais au fur et à mesure de notre analyse de la régionalisation en Europe, il s’est avéré que l’Allemagne était très liée quand elle n’était pas à l’origine même d’organismes ethnorégionalistes ou d’institutions de coopérations régionales.

En 1999, lors d’un colloque Franco-allemand, Yvonne Bollmann, maître de conférence à l'Université Paris-XII, fut invitée à exposer ses thèses sur « la tentation allemande » selon laquelle un certain nombre de représentants des élites allemandes chercheraient à assurer la prépondérance de leur pays en Europe en faisant éclater les constructions politiques du continent car ils savent bien que les régions germanophones disposeront alors d’une majorité démographique.

Il était également évident que cette volonté n’est pas celle du peuple allemand, et c’est un élément important, car nous avons constaté un désintérêt du peuple pour la régionalisation et plus encore la régionalisation ethnique. Ce qui se dégage au fond, dans cette étude c’est surtout une volonté de revanche et de domination d’une partie de la classe dirigeante en Europe. Nous assisterions à un retour au Moyen-âge, avec l’établissement de seigneuries, de principautés.

Le processus de régionalisation, alors qu’aucune forme ne se substitue à la Nation, est de ce fait un retour en arrière, il se fait à contresens de la marche du temps. Que pourra-t-il sortir de bon d’une Europe des Régions découpées sur des pseudos critères ethniques, si ce n’est des micronationalismes et des discours de haine contre l’autre ? Que se soit ou non la volonté de l’Allemagne, la solution postnationale de l’Europe des Régions ne semble pas pouvoir relever les défis de notre temps et représente un obscurantisme des plus forts.

Je pense qu’il est bon, de se tourner vers nos sages et d’entendre les paroles d’Ernest RENAN :

« Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. »
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Published by Voltaire République - dans Commission de travail nations
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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 08:00
Comme suite logique du travail de Voltaire République, après le programme du Conseil National de la Résistance qui vous a été présenté en trois parties, nous vous proposons une réflexion sur la désintégration des Etats nations dans la construction européenne. Cette réflexion vous est également proposée en 3 parties. 
Le citoyen Geoffrey Livolsi,  de Voltaire République, en est le responsable.

La désintégration
des Nations
dans la construction européenne


De la nation civique
à la région ethnique,
De la paix à la guerre ?


Introduction   

« Pour faire l’Europe, il faut défaire la France »
Bethmann Hollweg

Il est généralement accepté que la construction européenne ait engendré une paix durable sur le continent européen après que celui-ci a connu des siècles de guerres. Cet argument est le premier que brandissent les pro-européens et ils ont raison, car c’est notre bien le plus précieux dans un monde de plus en plus instable.

Mais si cette période de paix de maintenant 60 ans, n’était qu’une transition, certes longue mais seulement une transition ? Et si cette paix permettait avant tout de recomposer l’espace européen ? Est-ce que certains acteurs européens gardent encore au fond d’eux l’irrésistible envie de reconquérir une certaine hégémonie sur le continent ? En effet, est ce qu’il serait possible que des forces hégémoniques ayant compris que l’unité européenne ne se fera pas par les armes mais par la ruse soient actuellement à l’œuvre en plaçant leurs pions sur l’échiquier européen en construction ? Les questions peuvent surprendre, heurter, froisser les européistes, confirmer les eurosceptiques dans leur raisonnement, ce qui est sûr c’est que ces questions peuvent légitimement se poser alors que le processus européen semble entrer dans une nouvelle phase.
La construction européenne a constitué un phénomène paradoxal de contruction/déconstruction. D’un côté la construction d’un espace politique nouveau, d’institutions supranationales dans plusieurs domaines, une intégration économique toujours plus forte. De l’autre, une déconstruction du cadre de la démocratie, l’Etat-Nation, du lien entre les individus et l’Etat, du lien entre les individus eux-mêmes.

Le choix de la problématique et du développement, est volontairement polémique tout en restant dans une certaine objectivité. Les questions sur ce processus de construction/déconstruction sont nombreuses, et il nous faut obligatoirement délimiter notre sujet. Notre étude aura donc pour sujet la désintégration des nations dans la construction européenne. Il s’agira dans une première partie de définir les concepts différents de nations, et de décrire brièvement la crise que connaît actuellement l’Etat-Nation. Ensuite, nous nous pencherons sur les alternatives proposées face à la crise des nations, notamment à travers l’idéologie postnationale, puis nous nous concentrons principalement sur les racines de l’idée postnationale en Europe.

Dans une deuxième partie de notre analyse, nous entrerons dans le vif du sujet, en cherchant à comprendre comment la Région se substitue peu à peu à l’Etat-nation et quelles en sont les causes mais aussi les risques. Ensuite, nous nous pencherons sur une conception ethnique de la région comme celle qui existait de la Nation chez les Allemands. Nous chercherons à comprendre où en est ce processus, s’il est avéré et quels en sont les acteurs.

Enfin nous nous interrogerons sur l’instabilité de ce modèle d’Europe régionale et les risques qu’il fait courir à la paix en Europe.

1ère partie -  Définition des concepts et état des lieux


Deux visions de l’Etat-Nation

Il existe deux définitions de la Nation, celle de la France, qui apparaît avec les idées des Lumières et la Révolution, et qui se superposait à un Etat déjà unifié et centralisé par la monarchie. Le concept allemand, et donc la Nation allemande naît beaucoup plus tard car jusqu’au 19ème siècle l’Allemagne n’est qu’une mosaïque d’Etats souverains. Les différences de concept entre les deux pays, s’expliquent en partie par la genèse de leur histoire nationale.


    La vision française : la nation civique et l’Etat centralisateur

« La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps. […] Y habitent des peuples qu’étreignent, au cours de l’Histoire, les épreuves les plus diverses, mais que la nature des choses, pétrit sans cesse en une seule nation. »
De GAULLE Charles, Mémoire d’espoir : le renouveau 1958-1962

Ces mots résumeraient à eux seul la conception française de la nation, mais notre objectivité nous oblige à poursuivre notre réflexion. L’un des premiers à la définir fut Emmanuel Joseph Sieyès, dans son ouvrage « Qu’est ce que le Tiers-État ? » : « La nation existe avant tout. Elle est à l’origine de tout… Sa volonté est toujours légale, elle est la loi elle-même. Au-dessus d’elle, il n’y a que le droit naturel » La France, était donc un état territorialement unifié et centralisé bien avant la Révolution, de fait que lorsque la Monarchie s’effondra, la France continua à vivre à travers la République. La Nation républicaine va devenir un projet politique basé sur l’égalité, la fraternité et la liberté ; elle devient l’incarnation de la souveraineté du peuple. Ainsi la Nation a acquis en France une place prépondérante dans la représentation de l’identité collective. Jules Michelet sacralisera la Révolution comme événement fondateur de la Nation.
 
Dans son célèbre discours prononcé à la Sorbonne le 11 mars 1882, « Qu’est-ce qu’une Nation ? », Ernest Renan définit au mieux ce qu’est la conception française de la Nation. Il récuse successivement les cinq fondements possibles de la Nation que d’autres penseurs évoquent : la race, la langue, la religion, les intérêts, la géographie.

Ainsi, la race en tant que fondement d’une nation est une imposture pour Renan, car les races pures n’existent pas ou n’existent plus depuis des millénaires. En France, la nationalité s’acquiert par le droit du sol et non le droit du sang, c’est-à-dire que celui qui naît sur le sol français devient obligatoirement citoyen français. On retrouve là l’idée de la terre en héritage, ainsi on devient français en acceptant de poursuivre l’œuvre nationale, de s’inscrire dans une Histoire nationale.

La langue n’est pas non plus un des fondements de la Nation, elle invite la réunion des Hommes qui la parle mais elle ne les y oblige pas. En effet, la Suisse est multilingue mais uninationale, c’est aussi le cas en Belgique même si cette réalité tend à se réduire. Ce qui fait une Nation, c’est la volonté des Hommes, c’est une construction politique.

Pour Ernest Renan, la Nation est « un principe spirituel » qui trouve sa source dans le passé, le présent et l’avenir. La Nation nécessite que les individus oublient une partie de leur histoire, pour s’unir au sein d’une Histoire nationale mystifiée. Un passé héroïque avec des gloires communes, comme la bataille de Valmy et le mythe du citoyen en arme défendant sa Nation, mais aussi un passé douloureux, fait de souffrances communes. La Nation c’est donc « avoir fait de grande chose ensemble », et « vouloir en faire encore ». Ainsi pour Renan, la Nation est « un plébiscite de tous les jours ».
       
A cette vision de la Nation civique s’est ajoutée une conception bien spécifique de l’Etat. Ainsi la tradition centralisatrice de la monarchie fut prolongée par le jacobinisme de la République française. L’article 1 de la constitution française de 1793 proclamait que « La France est une République une et indivisible », repris et complété dans les Constitutions qui suivront. Ainsi en la constitution du 4 octobre 1958, proclame que
«  La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » L’article 2 de la constitution du 4 octobre 1958 érige le français comme langue de la République.


L’état Nation français est donc un état fortement centralisateur, et il faudra attendre 1982 pour que soit votées les premières lois de décentralisation. Ce modèle républicain ne fut repris dans aucunes autres Nations du monde hormis certains états totalitaires.


    La vision allemande : Nation ethnique

L’idée de nation en Allemagne apparue tardivement par rapport à la France, en partie en raison de son morcellement en plusieurs principautés. Malgré l’existence au Moyen-âge du Saint Empire Romain Germanique, il faudra attendre le 19ème siècle et la Prusse de Bismarck pour que le sentiment national prenne corps. En 1769, Herder envisage une Nation allemande à partir de la langue. C’est la tradition linguistique qui permettra la formation d’une Nation, d’un peuple, d’un « Volk». C’est ainsi que naît une conception allemande de la Nation, Volkstum, selon une idée de rassemblement de tous les Hommes ayant une langue commune, une même culture et une même origine ethnique (Volksgeist, génie national). Les philosophes allemands vont être influencés par la philosophie des Lumières (Aufklärung en allemand), et accueillirent avec enthousiasme la Révolution française. Kant s’enthousiasme pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et en 1795, il rédige son Projet de paix perpétuelle et appel à la constitution d’état républicain pour instituer la paix.

Mais la crainte d’un expansionnisme français se concrétise avec l’occupation des troupes napoléoniennes, la défense du républicanisme et des vertus de la révolution française disparaissent peu à peu des écrits des philosophes allemands. C’est sous l’occupation française que Fichte publie ses discours à la Nation allemande. Ainsi cette dernière est une Nation mère parce qu’elle a su préserver sa langue ancestrale à l’inverse de la France qui avait adopté une langue d’origine latine. Du fait de l’inexistante d’un Etat allemand lors de la naissance du nationalisme, ce dernier dut aller chercher ses fondements dans d’autres références comme la langue. C’est ici que le jus sanguinis (droit du sang) qui régit la nationalité allemande, prend sa source.

A partir de 1800, on assiste au réveil du nationalisme allemand face à l’occupation française ainsi le poète Ernst Moritz Arndt, dans son ouvrage « Vaterlandslied » (1813) écrit : « L’idée que la nation allemande doit s’étendre aussi loin que l’on entende la langue allemande ».Le développement du nationalisme entraîne la naissance d'une pensée résolument antifrançaise. Elle rallie les adversaires des Lumières, réhabilite l'histoire et les traditions germaniques et rejoint tout le mouvement romantique fondé sur la glorification du Reich médiéval. La notion de Volkstum prend son essor, c’est-à-dire le rassemblement de tous les Hommes de même langue, de même race, et de même culture.

Les traités de Vienne de 1815, donne naissance non à un État allemand mais à une Confédération germanique de 39 États (au lieu de 360). Désormais, la définition de la nation allemande oscillait entre la solution d’une « grande Allemagne », basée sur la langue et donc incorporant la plus grande partie de l’Empire des Habsbourg (mais pas ses territoires slaves et hongrois), et la solution d’une « petite Allemagne » qui excluait l’Empire des Habsbourg au profit d’une hégémonie prussienne. Les révolutions de 1848, poussent à la création d’un Etat allemand et on assiste à des revendications des pangermanistes qui rêvent de recréer le Saint Empire Romain Germanique. Jacques Bainville les décrira : « Ils n’ont pas été les précurseurs du pangermanisme ; ils ont été le pangermanisme lui-même »

L’autoritarisme et le militarisme prussiens devaient par la suite marquer profondément l’État unifié allemand qui, sous la poigne de Bismarck, se transforma en cheval de bataille contre toute force révolutionnaire. C’est finalement l’État absolutiste et autoritaire qui a réussi à résoudre territorialement les aspirations nationales, en incorporant dans le territoire national des régions germanophones. La conception allemande de la nation s’appuie sur la langue, la race, la culture, c'est-à-dire sur des critères ethniques en raison de l’inexistence d’un Etat lors du développement de la pensée nationale.

    L’État-nation en crise

S’il y a un fait que nous ne pouvons pas ignorer quand nous nous penchons sur un sujet concernant la mondialisation, la construction européenne, la régionalisation, c’est bien celui de la crise de l’État-nation ou encore de l’État providence. Le traité de Westphalie de 1648 mit fin à la guerre de Trente-ans, et rétablit la paix sur le continent européen laissant l’Allemagne exsangue. Un système d’Etats-nations souverains se substitue à l’idée d’unité du monde chrétien, ouvrant la voie à un équilibre européen et marquant le début de l’époque moderne. Si le système westphalien ne va perdurer en raison des nombreuses guerres qui suivront, le modèle de l’Etat-nation va se diffuser à travers le monde notamment après la révolution française. C’est au sein de l’Etat-nation que se développe le capitalisme, et l’Etat va avoir le monopole des relations internationales jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale.

Depuis 1970, nous assistons à un recul des moyens d’actions économiques des Etats nations. Ces derniers y ont eux-mêmes contribué. C’est ainsi que l’économiste français, Alain Cohen déclare : « Lorsqu’une firme peut imposer sa volonté à un Etat, on sort du cadre westphalien ; la théorie classique des relations internationale ne suffit plus ». La mondialisation économique, l’économie de marché avec ce qu’elle inclut de déréglementations, a marqué l’évolution du monde depuis les vingt cinq dernières années et le capitalisme d’actionnariat a très vite remplacé le capitalisme national. Face à cette interdépendance des économies, les Etats ont perdu une grande partie de leur pouvoir de régulateur économique au sein même de leurs frontières administratives.
L’Etat providence tend à disparaître et à laisser la place à un Etat médiateur quand il n’est pas tout simplement réduit à ses tâches régaliennes. Selon Pierre Rosanvallon, l’Etat-providence connaît depuis 1970 une triple crise : Crise financière depuis le choc pétrolier et la hausse des matières premières, crise d’efficacité car il n’arrive plus à résoudre les problèmes socio-économiques et enfin une crise de légitimité du processus de redistribution en raison de ses échecs et déficits.
    C’est dans le domaine économique, que les relations internationales échappent de plus en plus aux contrôles de l’Etat, en raison de la multiplication des acteurs, locaux (régions, coopérations transfrontalières), privés (firmes multinationales, ONG), et supranationaux (Organisation mondiale de commerce, Union européenne).
Les prérogatives de l’Etat sont donc de plus en plus remis en cause, que ce soit à l’intérieur même de ses frontières qu’à l’extérieur. Les libéraux, les pouvoirs locaux, les individus, s’élèvent toujours plus contre un Etat jugé trop présent dans l’économie, les relations sociales, la Société. Mais dans un phénomène contradictoire, dès l’apparition d’une crise, les acteurs du  « moins d’Etat » se tournent toujours vers ce dernier pour qu’il intervienne (« Mais que fait l’Etat ? »). Cependant à force de déléguer ses missions à des intérêts privés, d’effectuer des transferts de souveraineté important dans le domaine économique, l’impuissance des politiques à régler les problèmes socio-économiques se fait jour. C’est ainsi que nous avons pu entendre un Président de la République, François Mitterrand, reconnaître son impuissance « Nous avons tout essayé contre le chômage » ou encore Lionel Jospin déclarer devant des salariés licenciés pour cause de délocalisation que «L’État ne peut pas tout ». Ce constat d’échec engendre une perte de confiance dans l’État-nation, qui ne semble plus amène de relever les défis du monde actuel, et les individus se tournent vers d’autres formes politiques plus proches d’eux comme la région.

L’idéologie post-nationale

C’est à partir de ce constat d’échec, de cette inadéquation entre l’entité politique nationale et les problématiques de l’époque contemporaine qu’une pensée post-nationale s’est développée. Les Nations sont mortelles, mais la question est de savoir si la crise qu’elles traversent actuellement est due à une évolution positive, c’est-à-dire que sa disparition s’inscrirait dans la continuité de l’Histoire ; ou si cette évolution est négative, c’est-à-dire représentant un retour en arrière, une revanche historique. Ernest Renan en était conscient : « Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé. Elles finiront. La Confédération européenne probablement les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure actuelle, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître ». Durkheim, en 1908, dans un de ses articles reprenait cette idée que les Nations sont mortelles et déclarait :
« Ce que nous montre l’histoire, c’est que toujours, par une véritable force des choses, les petites patries sont venues se fondre au sein de patries plus larges, et celles-ci au sein d’autres plus grandes encore. Pourquoi ce mouvement historique, qui se poursuit dans le même sens depuis des siècles, viendrait-il tout à coup à s’arrêter devant nos patries actuelles ?».

       Au-delà des nations ? La réponse d’Habermas

Jurgen Habermas, dans son ouvrage « Après l’État-nation: une nouvelle constellation politique », va élaborer une réponse à la forme politique qui pourrait succéder à la Nation. Habermas rompt avec la conception ethnique de la Nation, pour mettre en avant la supériorité des valeurs universelles de liberté, de justice et de droit. Mais cette vision fait abstraction de la portée universelle du message que peut porter une Nation, un peuple, comme ce fut le cas de la Résistance qui voulu faire vivre l’âme de la France et son message universel.

Pour Habermas, la mondialisation transforme en profondeur le système de l’économie mondiale et limite le champ d’action de l’État-nation. Une politique keynésienne à l’échelle nationale ne fonctionne plus. Certes, la création d’unités politiques regroupant plusieurs espaces nationaux, a permis de créer des espaces économiques intégrés mais n’a pas su constituer une réponse viable à la dérégulation du marché. Pour Habermas, la solution consisterait à transférer les prérogatives des États -providences nationaux à des instances supranationales ayant un rôle contraignant sur l’économie. En fait, il s’agirait de mettre en place les mêmes mécanismes de redistribution sociale et de péréquation entre les territoires, qui existent mais entre les Etats. Malheureusement, cinq ans  après son ouvrage le projet de Constitution européenne institutionnalisera « le principe de concurrence libre et non faussée ».

Ce qui revient à plusieurs reprises chez Habermas, c’est la nécessaire formation d’une volonté transnationale, d’une opinion publique transcendant les Nations. C’est la société civile qui doit être le moteur de cette construction post-nationale. Il doit y avoir, comme ce fut le cas pour la formation des Nations, « une volonté citoyenne ». Il met en avant le déficit démocratique que connaissent les organisations supranationales. Ainsi la gouvernance démocratique se substitue peu à peu au gouvernements représentatifs et les populations se reconnaissent encore moins dans ces institutions. Mais Habermas en voulant rompre avec la vielle conception allemande de la Nation ethnique, la recréée quand il souhaite « défaire la symbiose entre républicanisme et nationalismes ».
Pour Habermas, l’Union européenne reste avant tout une création intergouvernementale de marchés, c’est-à-dire un espace économique dense mais sans réelle régulation politique. Il revient sur la perte de souveraineté monétaire des Etats face à la banque centrale. Il s’agit de combler ce déficit politique par la création d’une authentique fédération européenne susceptible de corriger les effets du marché et d’imposer des réglementations permettant la redistribution. Il faut que naisse un sentiment de solidarité citoyenne comme ce qui existe au sein des Nations, mais au niveau de l’Europe, afin que les citoyens se sentent responsables les uns des autres. En conclusion, le projet postnational d’Habermas est peu clair ; il invite à un dépassement de la forme des Nations sans pour autant décrire précisément la structure qui la remplacera. Il propose la constitution d’un Etat fédéral européen, s’appuyant sur une Constitution et sur la naissance d’un peuple européen qui donnerait une légitimité à la construction européenne, mais le projet reste assez utopique et surtout il n’est pas abouti. C’est dans l’inachèvement des travaux des penseurs du postnational que se dessine un certain péril. En effet, alors que l’État-nation se déconstruit peu à peu sous l’effet de la mondialisation et des transferts de souveraineté, on s’aperçoit qu’aucune entité politique démocratique et légitime ne semble actuellement prête à lui succéder. Certes, il existe bien des institutions européennes, tel que le parlement européen, le conseil européen, la commission européenne ; mais qu’elle est la légitimité démocratique de celles-ci et encore plus de la Commission européenne, principal organe exécutif ?

 La construction européenne semble donc n’être réduite qu’à un processus de déconstruction des Nations, auquel aucune institution représentative ne se substitue. La guerre de Yougoslavie des années 1990 a marqué un tournant dans la naissance d’un nouvel ordre mondial mettant fin à l’ordre westphalien. La souveraineté des Etats, base des relations internationales, allait être remplacée par la doctrine de l’ingérence au nom des « droits de l’Homme ». Lorsqu’en 2000, le parti d’extrême droite de Jorg Haider fit son entrée dans une coalition gouvernementale en Autriche, les Etats de l’Union européenne décidèrent d’interrompre toutes les relations bilatérales avec l’Autriche. Que l’on soit partisan ou pas des idées politiques défendues par ce parti, il est indéniable que cet événement marqua un tournant. Ainsi les institutions en prenant des sanctions contre l’Autriche, punirent les Autrichiens pour leur vote ; les résultats d’une élection démocratique étaient jugés inacceptables par l’Europe.

La démocratie pourrait-elle survivre sans gouvernement représentatif au niveau supranational ? Il y a peu de chance !
Il faut donc nous inquiéter de ce à quoi pourrait aboutir ce processus paradoxal de construction/déconstruction européenne. Et si ce que nous pensions être une avancée n’était en réalité qu’une régression ? Et si la régionalisation qui est sous-jacente à la construction européenne prenait à terme le dessus sur les institutions bruxelloises ? Et si nous assistions à une reféodalisation du continent, à un retour des seigneuries ? Et si se réunissaient au nom d’une raison antiétatique, dans une alliance hétéroclite, des mouvements aux valeurs antinomiques (néolibéraux, régionalistes, ethnicistes d’extrême gauche et d’extrême droite) mais poursuivant un intérêt commun : l’abolition de l’Etat Nation civique ?


La Nation c’est la guerre

Une partie des tenants de la pensée postnationale développent un autre argument selon lequel, en détournant les paroles de Jaurès, « la Nation porte en elle la guerre comme la nuée porte l’orage ». Pour ces penseurs, la Nation naît dans le sang des guerres civiles et des révolutions, elle ne peut donc n’être animée que par un sentiment guerrier, et le sacro-saint principe de souveraineté est la cause principale des guerres. Mais cette affirmation provient de la confusion volontaire de ces penseurs, entre Nation et nationalisme. Romain Gary, exprimait ainsi cette différence notoire : « Le patriotisme est l’amour des siens, le nationalisme est la haine des autres ». Thierry Wolton, dans son ouvrage « La fin des Nations », décrit le nationalisme comme « pendant obligé de l’apparition des Etats-nations, coïncidant avec la propagation des idées révolutionnaires de 1789 en Europe». Le raccourci est saisissant de mauvaise foi. Pour ces penseurs la paix passe par l’abolition de l’Etat-nation et toute la logique d’Histoire nationale mystifiée et d’unité du peuple ou encore l’assimilation sont les preuves de l’autoritarisme de la Nation civique. La Nation est reconnue coupable par le tribunal de l’Histoire, elle est sommée d’expier ces fautes et de présenter ses excuses pour ses crimes ! Ces théoriciens imputent aux Nations d’être à l’origine des deux conflits mondiaux. Ainsi l’histoire des Nations est semée de crimes atroces qui culminent avec la Shoah qui, pour Jean-Claude Milner, sonne le moment de vérité des Lumières. Mais la seconde guerre et la Shoah, ne peuvent être imputées aux Nations, car le fondement du nazisme relevait d’une conception raciste mais pas nationale ; il était le résultat de la dérive des concepts de Volkstum et de pangermanisme que nous avons étudiés plus haut.

La construction européenne s’est en partie bâtie sur ce reniement de l’Histoire du continent Pierre Manent dans son ouvrage, « La Raison des Nations », décrit ce phénomène : « Nous sommes séparés de notre histoire politique par le rideau de feu des années 1941-1945. Avant : une histoire coupable puisqu’elle culmine dans la boue des Eparges et sur la rampe d’Auschwitz. Après : nous voici resurgis, sans baptême ni conversion, dans le vêtement blanc d’une démocratie enfin pure, c’est-à-dire non nationale dont le seul programme politique est de garder son innocence ». L’Histoire a ses ombres et ses lumières, elle est un tout, et elle ne peut pas être jugée coupable au nom d’une conception moralisante de la mémoire. Aujourd’hui, le devoir de mémoire se confond avec la lutte des mémoires et le politique est sommé à la repentance. En France, la République est coupable de l’esclavage, du génocide vendéen, coupable des déportations et des rafles lors de la Seconde guerre mondiale. Le patriotisme se confond avec le nationalisme. En fait, cette idéologie postnationale confond la constitution des Etats souverains avec les décisions de ces gouvernements et les valeurs qui sont celles des Nations avec les actions de ses élites, lesquelles furent les premières à trahir la cause nationale. Mais pour Charles de Gaulle, « La nation n’est pas source de conflits ; en revanche la négation de la nation est source de toutes les guerres » ; vision reprise par le Pape Jean-Paul II en 1995 : « Cinquante ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, il importait de rappeler que ce conflit a eu lieu à cause de la violation du droit des nations »

         Les fascistes et l’idée européenne
 
Le lecteur sera dans un premier temps étonné de voir figurer dans la partie concernant l’idéologie postnationale, un chapitre traitant des forces nationalistes que sont les fascistes. Mais au cours de mes recherches, un élément est à plusieurs reprises apparu dans la construction européenne, c’est le rapport ambigu entre les idées fascistes de l’Europe et la construction européenne actuelle. En 1940, Joseph Goebbels dans un discours aux travailleurs intellectuels et aux journalistes tchèques sur l’Europe du futur déclara ceci : « Je suis convaincu que dans cinquante ans d’ici, les gens ne penseront plus en termes de pays ». Comme nous venons de le voir, si nous croyons les tenants de l’idéologie postnationale, la nation mène au nationalisme, qui mène à la guerre. L’idée que l’Europe supranationale a été élaborée par des résistants au nazisme durant la Seconde guerre mondiale, est ancrée dans nos têtes. Mais pour John Laughland, dans son ouvrage « La liberté des Nations » : « la généalogie de ces théories est bien moins correcte que leur défenseur ne veulent le croire ».

Ainsi à la lumière de nombreux penseurs postnationaux admettent l’existence de la pensée européenne chez les fascistes, mais dans le but de justifier leur agression. Mais il est avéré que des nazis, des fascistes italiens, et des collaborationnistes français sont allés bien plus loin que cela et ont imaginé des programmes poussés d’intégration économique et politique de l’Europe. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre de façon diffamatoire sur les idées pro-européennes modernes, mais il s’agit de montrer dans cette partie qu’une partie de le pensée fédéraliste s’est nourrie des travaux des théoriciens nazis et sur l’existence de continuités personnelles entre la période de la guerre en France et celle de la construction européenne. Nous l’avons déjà explicité, c’est le racisme qui est au fondement de l’idéologie nazie et non le concept national. Le rejet de l’Etat-nation souverain politiquement et économiquement viable était explicite dans le nazisme et le fascisme ; c’est ainsi que l’économiste nazi Werner Daitz remettait en cause la souveraineté nationale en 1938 : « Les intérêts communs de l’Europe ont la priorité sur les intérêts particuliers des nations ». Comme les partisans modernes de l’Europe, les nazis pensaient que le système des Etats-nations engendre la division et la guerre en Europe. C’est ainsi, que Karl Mergele, déclarait en 1945 dans un mémorandum sur les « Thèmes européens » : « Au sein d’une Europe pacifique organisée comme une unité supérieure toutes les nations européennes trouveront la place la plus digne d’elles ». Les fascistes italiens réfléchissaient également à cette nouvelle Europe et à ce dépassement des Nations, Alberto de Stefani, ministre des finances sous Mussolini, écrivait que les nationalités ne représentaient pas un fondement stable pour l’ordre nouveau en raison de leur multiplicité et de leur tradition. Il s’en prend même au nationalisme lorsqu’il explique que « l’existence prolongée d’un nationalisme intransigeant, aveugle aux exigences d’une politique continentale, a fini par se retourner contre l’Europe» et termine sa réflexion ainsi : « Une Union européenne ne pourrait pas être sujette aux variations de politiques intérieures qui ont caractéristiques des régimes libéraux ».
Certains vont même plus loin dans le processus d’intégration en Europe. Ainsi Arthur Seyss-Inquart, nazi autrichien, ministre de l’intérieur après l’Anschluss, déclarait à propos de l’Europe (cela nous évoque singulièrement le discours actuel quant à la Communauté économique) : « Au-dessus et au-delà du concept d’Etat-nation, l’idée d’une nouvelle communauté […] La nouvelle Europe, caractérisée par la solidarité et la coopération entre ses peuples, une Europe sans chômage ni crises économiques et monétaires, une Europe de la planification et de la division du travail, ayant à sa disposition les techniques de production les plus modernes et un système continental de commerce et de communications, développé sur une base commune, sera fondée sur des bases solides et connaîtra une rapide croissance une fois que les barrières économiques nationales auront disparu ». C’est sur le plan économique que la ressemblance entre la pensée nazie et les fédéralistes européen actuels est la plus importante. Le 22 juin 1940, Goering lança son projet d’unification économique de l’Europe. Des projets furent soumis à la chancellerie du Reich, où on évoquait la mise en place de taux de change fixe entre les monnaies européennes, l’abolition des barrières douanières en Europe ; la création de zone de libre-échange. La réflexion nazie la plus détaillée sur l’intégration économique date de 1942, lorsque le Syndicat des hommes d’affaires, des industriels berlinois et la Faculté de Berlin organisèrent une conférence dont le thème était, et c’est intéressant, « La communauté économique européenne ».Comme l’explique Laughland, les titres de la conférence « mettent mal à l’aise tant ils rappellent le discours actuel en faveur de l’Europe » : « L’agriculture européenne », « L’emploi en Europe », « L’Europe est-elle un concept géographique ou un fait politique ? », « L’évolution vers la communauté économique européenne » ou encore  « Le problème des transports en Europe ». Sur le plan politique, l’intégration européenne est un objectif et Ribbentrop proposera de créer une Confédération européenne dès la fin des combats, et d’inviter tous les chefs d’Etats à signer le texte marquant sa création au cours d’une cérémonie officielle. Un projet de Hans Frohwein, parlait de « destinée commune des peuples d’Europe » et de « la volonté d’assurer que des guerres n’éclatent plus jamais entre-eux ». Il était dans ce projet question d’une préférence européenne sur le plan du commerce (actuellement on parle de préférence communautaire), l’objectif était une union douanière européenne, à terme une union monétaire et enfin la mise en œuvre de politiques d’harmonisation des conditions de travail et de la protection sociale. En France, un certain nombre de collaborationnistes eurent des réflexions sur l’Europe ; c’est le cas de Hubert Beuve-Méry, qui n’est autre que le fondateur du journal «Le Monde» .  Il fut l’un des principaux idéologues de la nouvelle Grande Ecole des Fonctionnaires d’Uriage. En février 1939, il publia un livre intitulé « Vers la grande Allemagne ». Dans un article de la revue « Esprit » de mars 1941, il prévoyait l’avènement d’une Europe plus autoritaire et germanisée. Bernard Compte écrit sur l’influence de Beuve Méry sur « Le Monde » : «  C’est sans doute sur la question européenne que l’on voyait le plus clairement l’importance de l’esprit d’Uriage pour « Le Monde »
    Le second élément qui nous intéresse directement, c’est la forme politique que prend l’Europe chez les nazis. L’Europe qui est décrite est basée sur le fédéralisme. Goebbels croyait que le régionalisme allemand pourrait être un modèle pour l’Europe. Il suffit pour cela de regarder la carte de l’Europe des régions, élaborée par la Waffen SS. Si la plupart des projets européens des nazis, était basée sur un respect de la souveraineté des Etats membres, il était mentionné que « les pays avaient le droit d’organiser leur vie nationale comme ils l’entendaient pourvu qu’ils respectent leurs obligations envers la communauté européennes ». Les géopoliticiens allemands se mirent également au service de la pensée nazie de l’Europe. Au même titre qu’aujourd’hui, ils firent prévaloir l’aspect transfrontalier à travers la coopération interrégionale. Gerard Iseberg, fonctionnaire du Bureau du Reich pour l’organisation de l’espace géographique à Berlin, qui écrivait des articles sur  la planification urbaine, se reconvertira dans les années 1960 en spécialiste de la Politique Agricole Commune.

Les articles concernant le développement des politiques régionales transfrontalières sont très nombreux à l’époque. Cet élément est intéressant quand on sait que les eurorégions actuelles se concentrent surtout sur les frontières allemandes. Ainsi, il semble exister une véritable continuité dans la géopolitique allemande d’avant et d’après guerre, comme le soutien Hans-Rudiger Minow, dans son ouvrage « D’une guerre à l’autre », dans lequel il démontre qu’il existe une politique allemande et européenne concertée de soutien aux mouvements régionalistes et autonomistes en Europe.

Cette première partie de notre étude, avait pour but de définir les concepts, de comprendre la genèse idéologique de cette partie de la construction européenne, de comprendre le risque que représente l’absence de structure politique viable pour remplacer les Nations au moment où celles-ci tendent à se décomposer. Nous avons aussi appuyé notre étude sur l’idée allemande de la construction européenne, notamment à travers sa vision ethnique de la Nation et le pangermanisme. Nous allons dans cette deuxième grande partie nous interroger sur l’influence de cette vision ethnique dans la construction européenne actuelle, en étudiant le processus de régionalisation.

A suivre
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Published by Voltaire République - dans Commission de travail nations
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